SOS Ponts : quand Recommandations-collaboratives devient le maillon manquant entre un pont audité et un pont réparé
Marie Archambault est directrice de projets au Cerema, en charge du portail SOS Ponts depuis sa création. En quatre ans, le service a accompagné plus de 880 communes. Elle revient sur la genèse du service, le choix de Recommandations-collaboratives et ce que ça change concrètement pour les communes, les conseillers et les partenaires territoriaux.
Marie, comment est né SOS Ponts ?
Marie : Le service numérique public SOS Ponts a été imaginé dans la continuité du Programme National Ponts, lancé en 2021 et piloté par le Cerema. Le Programme a été un point de départ dans la prise de conscience, il a permis de faire un état des lieux du patrimoine d'ouvrages d'art des petites communes françaises qui n'ont pas les moyens humains et financiers pour avancer seules face à un patrimoine vieillissant et mal connu. Sur la période 2021-2025, plus de 64 000 ouvrages répartis sur près de 15 000 communes volontaires, y compris dans les territoires d’Outre-Mer, ont été recensés et ont fait l'objet de carnets de santé, remis aux maires.
Le constat qui en est ressorti était préoccupant : 25 % des ponts et 14 % des murs de soutènement présentaient des désordres significatifs ou majeurs. Concrètement, cela veut dire qu'il faut les réparer, voire pour certains les fermer rapidement. Mais savoir que son pont est en mauvais état ne suffit pas à savoir comment agir. Les petites communes se heurtent souvent au même obstacle : l'ingénierie nécessaire pour passer à l'étape suivante. Les communes étaient confrontées à trois grandes problématiques : la méthode, le financement, et les interlocuteurs. Il manquait un pont, si j'ose dire, entre le recensement, le constat et le passage à l'action.
C'est là qu'est intervenu SOS Ponts ?
Marie : Exactement. L'idée était de proposer un accompagnement numérique gratuit pour aider les communes dans l’interprétation notamment de leur carnet de santé et à passer à l'action.
Nous avons passé en revue les solutions existantes. Recommandations-collaboratives s'est imposée : open source, déjà déployée sur UrbanVitaliz pour la requalification des friches, et suffisamment flexible pour s'adapter à notre processus métier. On a testé, ça a fonctionné et on a décidé de déployer ce service via Recommandations-collaboratives. Ce qui a aussi été déterminant, c'est la manière de travailler avec l'équipe : dès le départ, SOS Ponts a contribué à faire évoluer la solution numérique en participant notamment aux priorisations de ses évolutions.
Comment s'est passé le déploiement avec les conseillers territoriaux ?
Marie : Ce qui nous tenait à cœur dès le départ, c'est l'ancrage territorial et de garder un service humain. Un pont abîmé dans une commune rurale, c'est un sujet local et la réponse doit l'être aussi. La plateforme permet d'intégrer les bons acteurs de proximité directement sur les dossiers : à commencer par les Directions Territoriales du Cerema, qui sont les premiers répondants et les Agences Techniques Départementales (ATD) qui viennent en appui. Le déploiement s'est fait progressivement, avec pour objectif de couvrir l'ensemble du territoire national et la proximité avec les Directions Territoriales s'est renforcée au fil des dossiers traités ensemble. Aujourd'hui, le nombre de conseillers actifs et d’agents d’ATD qui interagissent directement sur la plateforme ne fait qu'augmenter.
SOS Ponts a évolué depuis le départ. Où en êtes-vous aujourd'hui ?
Marie : Le service a grandi bien au-delà de ce qu'on imaginait. Depuis l'ouverture du service, ce sont plus de 880 communes accompagnées et 2 888 recommandations transmises avec une moyenne de 25 nouvelles questions reçues chaque mois
Au départ, nous pensions que seules les communes qui avaient bénéficié du Programme National Ponts nous solliciteraient. Très vite, d'autres communes n’ayant pas eu accès au recensement ont commencé à nous contacter. On leur apporte également du conseil, en leur recommandant les mêmes méthodes.
Depuis 2023, un nouveau volet s'est ouvert avec le PNP Travaux, ce programme de subvention, toujours piloté par le Cerema et qui depuis janvier 2026 est financé par l’AFIT France (Agence de financement des infrastructures de transport de France) France, peut aider les communes dans le financement de leur travaux.
Une commune bien accompagnée en amont est mieux armée pour constituer un dossier solide : comprendre les critères d’éligibilité et le niveau de maturité technique du dossier attendu pour prétendre à la subvention. Nous sommes devenus avec SOS ponts un incontournable dans le parcours, en apportant un conseil technique et administratif.
L'objectif reste le même depuis le début : que le maire d'une petite commune ne soit plus seul face à un patrimoine d’ouvrages vieillissant.
Qu'en pensent les communes accompagnées ?
« Pour poser une question, c’est d’une facilité déconcertante » - DGS dans une commune de 1059 habitants
« Ça répond tout à fait à l'information dont j'avais besoin sur la charge maximale. On va soumettre ça au conseil départemental et à la préfecture. » -Maire d’une commune de 212 habitants
« Un projet compliqué mais nous sommes heureux de cette reconstruction » -Maire d’une commune de 2 617 habitants ayant obtenu la subvention PNP Travaux